Grisélidis Réal Auteur de “La passe imaginaire”

La Passe ImaginaireGrisélidis Réal est née en 1929 à Lausanne et est décédée en 2005. «Péripatéticienne et écrivain», elle tenait à ce que ses deux professions figurent sur les documents officiels. Elle aurait pu ajouter «artiste-peintre» et «révolutionnaire». Elle commence à se prostituer dans les années 1960, dans un bordel clandestin de Munich. En 1975, elle est l’une des meneuses de la «Révolution des prostituées» à Paris : 500 filles occupent la chapelle Saint-Bernard et réclament la reconnaissance de leurs droits.

Elle crée dans son appartement le Centre international de documentation sur la prostitution, et fonde en 1982 l’association de défense des prostitués Aspasie, à Genève. Plus tard, elle combattra avec l’énergie qui lui reste «le Sarkozy» et sa loi régressive.

Dans La Passe imaginaire, Grisélidis Réal parle de son quotidien partagé entre clients et engagement militant. Elle raconte comment elle accueille chez elle, avec musique et bougies, ses clients turcs, portugais, suisses ou espagnols, visiteurs d’un soir ou fidèles depuis des années. Grisélidis Réal refuse la vision paternaliste ou misérabiliste que les «bourgeois» et les «féministes jalouses et frustrées» ont des prostituées. Si la prostitution use le corps et l’âme, elle lui a donné un immense amour de la vie et des autres – elle connaît leur solitude, leurs échecs, leur besoin de tendresse. On la voit ainsi tour à tour amante professionnelle, amoureuse, sociologue humaniste ou militante libertaire. Mais aussi lectrice passionnée et épicurienne convaincue – savourant le plaisir d’une rencontre, un petit gueuleton solitaire, la musique, un verre de vin siroté dans sa cuisine ensoleillée, pleine de fleurs et de livres.

Pour Grisélidis, «se prostituer est un acte révolutionnaire». Malgré les années difficiles, les souffrances et la violence, elle a toujours défendu sa liberté et revendiqué pour elle et ses consoeurs de pouvoir pratiquer leur «Art» en jouissant d’un statut reconnu et respecté.

La reconnaissance dont elle a bénéficié – interventions publiques et dans les médias, travaux de diplômes d’étudiants en sciences sociales – ne l’a jamais empêché de continuer à pratiquer son métier qu’elle arrêtera en 1995,à l’âge de 66 ans.

Grisélidis Réal est l’auteur de Le Noir est une couleur (1974), Carnet de bal d’une courtisane (1979), La Passe imaginaire (1992), À feu et à sang (2003), Les Sphinx (2006), Suis-je encore vivante ? (2008)